Édito

Régis Petit

Président de l'ADGCF

« Renouveler notre vision territoriale »

Alors que s'annoncent les prochaines élections locales et que se profile, dans la foulée, un autre scrutin crucial pour les collectivités, celui des sénatoriales, le Gouvernement semble décidé à donner un nouvel élan à sa politique d'aménagement du territoire mais aussi à engager ni plus ni moins qu'un nouvel acte de décentralisation. On peut bien sûr s'interroger sur les ressorts d'une telle ambition alors que le Parlement sort à peine d'un débat budgétaire pour

le moins « éprouvant » et que l'extrême polarisation de la vie politique française rend la construction d'un compromis dans le champ particulièrement sensible du « local » plus qu'improbable.

 

Pour autant, la publication en décembre dernier du rapport de l'ancienne ministre Dominique Faure pose, à juste titre, la nécessité de renouer avec le principe d'un État aménageur. Comment ? En fixant un cadre d'intervention nationale, mettant en cohérence les initiatives locales qui, force est de le constater, ne se sont pas vraiment agencées spontanément jusque-là et ont plutôt tendu, au cours de ces dernières années, à accentuer les disparités sociales entre les territoires. De même, l'intention du Premier ministre Sébastien Lecornu, en parallèle des réflexions engagées sur la structure administrative de l'État, de « simplifier » l'action des collectivités locales dans l'objectif de réduire la dépense publique à l'heure où notre pays est entravé par le poids de sa dette, peut justifier la mise en chantier d'une réorganisation de nos administrations territoriales.

 

Attention cependant à se munir de la bonne boussole. Pour l'ADGCF, retrouver une pensée et une action aménagiste et décentralisatrice crédibles, c'est-à-dire en mesure d'inspirer et de revitaliser notre pacte républicain, revient à sortir d'une appréhension traditionnelle du local qui le réduit, d'une part, à n'être que l'espace d'une lutte pour une « égalité territoriale » toujours plus fantasmée et, d'autre part, à un lieu limité par un périmètre institutionnel où les collectivités déploient leurs compétences. A nos yeux, il est crucial aujourd'hui de s'aventurer sur un autre terrain, certes plus complexe mais donc, plus ambitieux, celui qui fait du « local » l'espace par où la société française est en train de se réinventer autour d'enjeux renvoyant davantage à des notions telle que la « justice » et la « coopération ».

 

A cet égard, parmi la pléthore d'articles et de notes d'analyse publiés ces dernières semaines dans la perspective des élections locales à venir, je veux en évoquer ici tout particulièrement deux, précisément parce qu'ils me semblent renouveler notre vision territoriale en proposant une trame de réformes tout à la fois conceptuelle et opérationnelle dépassant les dogmes et les tabous historiques.

 

Je pense tout d'abord au texte rédigé par Martin Vanier dans la revue en ligne La Grande Conversation, intitulé « Aménagement du territoire : ne pas se tromper de rendez-vous ». Que nous dit le géographe ? Que l'aménagement du territoire à l'heure de la redirection écologique, soulève une attente bien plus aiguë que celle de l'« égalité » : celle de la « justice spatiale ». Celle-ci consiste à estimer ce qui est juste et ce qui ne l'est pas : les modalités d'accès aux services et aux biens publics, les droits d'occupation des sols, la tarification des services publics locaux, la distribution des soutiens publics aux ménages ou aux entreprises... Dans cette optique, la politique d'aménagement ne peut plus être exclusivement pilotée par l'État au risque de reproduire les mêmes erreurs du passé ; elle doit davantage impliquer les citoyens-usagers-contribuables, les entreprises, les associations, dans l'énoncé de ce qui juste et injuste. Cette « politisation des renoncements » en quelque sorte, si elle apparaît comme une démarche difficile à formaliser à l'échelle d'une Nation tout entière, semble possible, aux yeux du géographe, à l'échelle des territoires.

 

Je pense ensuite aux réflexions d'un autre géographe, Daniel Béhar, développées dans un article issu de The Conversation, intitulé « Peut-on décentraliser sans repenser la carte communale ? ». Ici, l'auteur s'interroge : comment prétendre à l'efficacité alors des milliers de communes sont en incapacité en termes de moyens précisément, de produire de l'action publique à hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés ? Dans ce contexte, pas étonnant affirme-t-il, que la décentralisation à la française soit un « gouffre financier ». Le chemin possible ? Inciter fortement au regroupement des communes, afin de redonner du sens et des capacités à cet échelon ce qui redynamiserait, par ricochet, le niveau intercommunal, redirigé vers ce qui fait son ADN, celui de la coopération, intra et extramuros, au service des enjeux véritablement stratégiques que sont l'écologie, l'économie, la mobilité ou encore l'habitat.

 

Convenir de ce qui est juste en matière d'aménagement du territoire et envisager la refonte de la carte communale en vue de libérer les forces coopératives de l'intercommunalité : voici peut-être les ferments d'une nouvelle épopée civique et républicaine, partant de territoires viables et ayant comme garde-fou la recherche incessante de l'intérêt général. L'ADGCF ne peut qu'adhérer à de tels desseins !

 

Régis PETIT

Président de l'ADGCF

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En 2026, les élections comptent double!

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Les 15 et 22 mars, les élections seront municipales ET intercommunales. Pour comprendre le fonctionnement et les enjeux du scrutin et de l'intercommunalité, retrouvez toutes nos vidéos, infographies et documents.

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Répondre à l'enquête : Impacts des transformations écologiques sur les RH et le management

Répondre à l'enquête

Les intercommunalités sont en première ligne des bifurcations écologiques, de par leurs compétences et donc leurs agents. C'est pourquoi l'ADGCF, en partenariat avec

Relyens, a souhaité analyser les perceptions des dirigeants territoriaux sur l'impact du changement climatique et de la transition écologique sur les métiers, les ressources humaines, le management et l'organisation des intercommunalités. Comment le changement climatique et les transformations environnementales impactent-t-ils les métiers, les ressources humaines, le management au sein des intercommunalités ? Quels sont les métiers les plus impactés ? Lesquels vont disparaître ou apparaître, et sur quelles fonctions ? Comment former les équipes ? Comment gérer les conflits potentiels entre agents, ou avec les usagers ? Quelles conséquences en termes d'organisation du travail ? Cette enquête vous prendra environ 12 minutes. Clôture des réponses le 13 mars 2026.

Les intercommunalités face au défi de la territorialisation de leur politique « déchets » : retour sur le colloque du 30 janvier

Plus de 60 dirigeant(e)s territoriaux se sont réunis au Hub des Territoires à l'occasion du colloque organisé par l'ADGCF sur la prévention, la gestion et la collecte des déchets, en partenariat avec la Banque des

Territoires, EODD ingénieurs conseils, Veolia, SUEZ et SEPUR. Les échanges ont mis en évidence plusieurs enseignements forts : la nécessité de penser les politiques publiques dans une logique systémique, l'importance d'outils d'ingénierie et de pilotage partagés, mais aussi le rôle clé des coopérations entre intercommunalités, acteurs économiques et partenaires techniques pour réussir les transitions. Autant de leviers concrets pour faire évoluer les modèles de service public face aux contraintes budgétaires et aux enjeux environnementaux. Merci à l'ensemble des partenaires et intervenants pour la richesse des contributions et la qualité des débats.

Webconférence autour du film « Les faiseurs de bifurcation » : le replay est disponible

accès au replay

En 2023, l'ADGCF dressait le constat d'une prise de conscience partagée des enjeux écologiques dans le premier volet de son film « Et si... l'écologie était la matrice

des politiques intercommunales ». Il fallait aller plus loin pour montrer que la redirection écologique était déjà en marche dans les territoires, portée par les « faiseurs de bifurcation ». Ce deuxième film, en partenariat avec la Banque des territoires et WEKA, invite à s'inspirer de démarches qui tiennent compte des limites physiques dans des territoires. Si vous avez manqué la webconférence du 22 janvier dernier avec les Éditions WEKA, à laquelle participaient Régis Petit, président de l'ADGCF, et Didier Locatelli, sociologue et consultant, le replay est maintenant disponible

Renoncer malgré nous ? La délégation AURA s'interroge

La délégation Auvergne-Rhône-Alpes de l'ADGCF se réunissait le 4 février dernier autour d'une question qui traverse aujourd'hui de nombreux territoires : « Renoncer malgré nous ? ». Dans un contexte budgétaire et financier de plus en plus

contraint, comment continuer à porter des projets de territoire ambitieux ? Le renoncement devient-il un alibi au sous-investissement (voire au non-investissement), notamment en matière de transition écologique, pourtant enjeu clé du prochain mandat ? Et comment mieux aligner projets politiques et traduction budgétaire à travers des PPI “climatisés”, intégrant à la fois atténuation et adaptation ? Des échanges riches et stimulants, nourris par les éclairages la Banque Postale, d'I4CE, de France Villes et Territoires Durables et de Virginie Aulas, DGS du Grand Annecy, qui a clôturé cette matinée avec une formule à retenir : "on ne renonce pas, on s'adapte!".

La montée en puissance des politiques sociales intercommunales

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Intercommunalités de France publie, en partenariat avec l'ADGCF, dans une note les résultats d'une enquête menée auprès de 117 intercommunalités sur les politiques de cohésion sociale intercommunales. Pour une

grande majorité des répondants (80 %), les questions de cohésion sociale seront les enjeux prioritaires du mandat 2026-2032. L'enquête donne ainsi à voir une véritable montée en puissance de l'intercommunalité dans le champ de la cohésion sociale, au premier chef sur les questions de santé, mais aussi de petite enfance et de prise en charge du vieillissement de la population

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Fonds national de prévention de la CNRACL : déploiement de la nouvelle offre d'accompagnement

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La nouvelle offre d'accompagnement du FNP de la CNRACL élargit le panel de solutions et de soutiens de l'ensemble de l'écosystème et notamment des employeurs territoriaux et hospitaliers. S'inscrivant dans la doctrine du FNP, elle ambitionne d'apporter un soutien global à tous les employeurs dans leurs démarches de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail des agents, et de développer la connaissance et la mise à disposition gratuite d'informations juridiques, statistiques et opérationnelles (guides, recommandations) permettant d'orienter et de guider l'action. Les accompagnements financiers ont été simplifiés, rénovés et sont désormais orientés majoritairement vers les bénéficiaires affiliés de la CNRACL destinataires réels des actions de prévention. Ils sont directement accessibles sur la plateforme « démarche numérique ». L'offre est scindée en deux items : accompagnement méthodologique et financier d'une part et d'autre part la documentation et les outils.

Ressources humaines : les employeurs territoriaux dressent leur bilan

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En matière de ressources humaines (RH), la satisfaction domine pour les collectivités en cette fin de mandat municipal. 83% de celles qui ont été interrogées dans le cadre du baromètre HoRHizons 2026 déclarent avoir réussi à mettre en œuvre leur stratégie. Le baromètre rendu public ce 4 février fait le point sur les politiques RH conduites par les employeurs territoriaux. En pointant aussi la stabilité des intentions de recrutement et l'existence dans les communes les moins peuplées d'un "risque croissant de décrochage en matière de capacité à recruter".

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