Co-animatrice du Club prospective de l'ADGCF, Mathilde Garcin réagit à la création du Haut Commissariat au plan

La création d'un Haut-commissariat au plan : une bonne nouvelle pour la prospective ? Au début de l'été, nous avons appris la décision présidentielle de nommer un Haut-commissariat au plan et à la prospective, une décision inscrite dans une volonté de répondre aux défis mis à jour par la crise sanitaire dont le pays se relevait à peine (et dans laquelle il s'apprête à replonger…).


La création d'un Haut-commissariat au plan : une bonne nouvelle pour la prospective ?

Au début de l'été, nous avons appris la décision présidentielle de nommer un Haut-commissariat au plan et à la prospective, une décision inscrite dans une volonté de répondre aux défis mis à jour par la crise sanitaire dont le pays se relevait à peine (et dans laquelle il s'apprête à replonger…).

De prime abord, l'idée suscite davantage la circonspection que l'enthousiasme. Pas un vrai sujet de débat au sein du Club prospective en tous cas. Bien sûr, il est toujours plus satisfaisant d'entendre parler de prospective au plus haut niveau de l'Etat et par voie de conséquence dans les médias. Penser le temps long est une nécessité. Mais constater l'association de ladite prospective à un Haut-commissariat au plan, c'est en peu comme se réjouir, étant enfant, à la perspective d'avoir un vélo pour Noël et découvrir au pied du sapin l'ancien vélo de son grand-frère tout juste dépoussiéré et un peu cabossé…

Reste donc à savoir quelles seront les actions menées par le Haut-commissariat.  De la lettre de mission présidentielle et de l'intervention de M. Bayrou devant le CESE la semaine dernière, nous retiendrons la priorité claire donnée à la recherche de la croissance économique, la préoccupation rassurante pour la lutte contre les inégalités, la volonté d'une approche centrée sur les territoires et l'échelon local

Nous nous permettrons toutefois de souligner deux points de vigilance :

  • Sur la méthode tout d'abord : plusieurs entreprises récentes de prospective, inspirées des méthodes de sciences humaines, ont montré que la pratique de cet indispensable exercice d'anticipation pouvait, devait, se nourrir de la réalité sensible du terrain, de l'expérience des acteurs qui habitent et font vivre un territoire, au-delà de la science des experts. La place qui sera laissée à la co-construction et à la concertation, avec la société civile et avec les collectivités territoriales dans les actions du Haut-commissariat au plan sera donc essentielle pour intégrer ces nouvelles manières de faire de la prospective.

  • Sur le fond ensuite : à ce jour, les discours officiels interrogent peu le modèle « classique » de la croissance. Alors que la crise sanitaire nous a fait expérimenter la vulnérabilité à notre environnement, et que le confinement nous a aussi permis d'expérimenter d'autres manières de vivre, peut-être moins centrées sur les biens et un peu plus sur les liens, le haut-commissariat au plan saura-t-il tenir compte des questionnements actuels qui traversent la société et le monde universitaire sur notre modèle de développement et la possible entrée dans une ère de l'anthropocène ?

[29/09/2020]