Retour sur la 10ème édition des Universités d'été des directeurs généraux de communautés et de métropoles

L'ADGCF a organisé la 10ème édition de ses Universités d'été les 6 & 7 juillet derniers au Grand Bornand. Consacrée aux solidarités territoriales, ces rencontres ont trouvé un écho particulier à l'aune des dernières élections nationales.


Retour sur les Universités d'Été 2017 de l'ADGCF

En introduction, l'économiste Frédéric Gilli s'est attaché à décrypter les dynamiques métropolitaines contemporaines et leurs impacts sur le développement des territoires qui les entourent. L'espace de vie des citoyens hypermobiles dépasse largement les frontières communales voire intercommunales : le travail, l'éducation, la santé, les loisirs, la famille, les aspirations des individus se déploient en effet par-delà les frontières des administrations locales. C'est finalement cet espace dilaté que la notion de « métropole » décrit ; des mondes imbriqués qui vivent les uns à côté des autres, avec un souci constant de préserver les singularités et la proximité. Le développement des territoires avoisinant les métropoles passe de fait par la liaison de ces mouvements et donc par la constitution d'ensembles coopératifs élargis, cohérents et lisibles.

Dans la foulée de cette intervention liminaire, une table ronde réunissant Pierre Laplane, DGS de la métropole de Strasbourg, Olivier Parcot, DGS de la métropole de Nantes et Barbara Belle, directrice-adjointe de la Caisse des dépôts de la région Auvergne Rhône-Alpes, a permis de mettre en perspective le principe du « ruissellement métropolitain ». En effet, en régénérant leur statut via la promulgation de la loi MAPTAM, le Gouvernement a appelé à l'émergence de « métropoles responsables » vis-à-vis des territoires qui les entourent et à la montée en puissance des solidarités interterritoriales, le pacte Etat / métropoles visant précisément à conforter cette dynamique. Les intervenants sont ainsi revenus sur les interdépendances socioéconomiques spontanées qui préexistent entre les grandes agglomérations et les territoires périphériques et sur les dispositifs qu'ils déploient ou envisagent de déployer pour les optimiser. Ils ont également évoqué les alliances « donnant-donnant » entre espaces ruraux (fonctions alimentaires, récréatives, environnementales...) et métropolitains (économie-emplois, universités, services...) qu'il est nécessaire de mettre en œuvre. In fine, l'enjeu est bien de passer d'une logique de subvention à une logique de négociation et faire en sorte que les collectivités parties-prenantes pensent en termes de production de biens et services collectifs pour elles mais aussi pour les partenaires territoriaux.

Si les ateliers du jeudi après-midi ont permis d'aller plus loin dans l'analyse des nouvelles dynamiques métropolitaines (dilation de l'espace et hypermobilité / concentration des richesses) et d'appréhender la façon dont ces mutations affectent les territoires qui les environnent et leurs habitants (fractures territoriales et sociétales), la matinée du vendredi a été l'occasion de donner une dimension internationale aux échanges sur les solidarités territoriales. En ouverture, le géographe Giuseppe Bettoni a problématisé les débats en revenant notamment sur la montée en puissance du « fait métropolitain » (ou des global cities), désormais objet de recherche à part entière pour les sciences territoriales et politiques. Il a complété son propos en portant la focale sur les processus de construction politiques et institutionnels des « métropoles » menés dans divers pays européens et en interrogeant à cette occasion le lien Etat / grandes agglomérations propre à chaque contexte.

Par la suite, le socioéconomiste Michaël Storper a décrit les ressorts des dynamiques métropolitaines aux Etats-Unis. Le développement des principales métropoles aux Etats-Unis –notamment celles de la Côte-Ouest, résulte de plusieurs vagues d'innovation « radicale » depuis le début du XXème siècle. Leurs économies reposent sur le déploiement de clusters qui se situent au cœur des chaînes productives planétaires mais aussi et surtout sur des processus d'innovation, au double sens d'innovation technologique, mais surtout organisationnelle. C'est dans ce cadre d'analyse qu'il faut penser, aux Etats-Unis, la fracture entre les territoires en développement et les territoires en voie d'appauvrissement.

Nombreux sont les travaux de recherche qui mettent aujourd'hui en exergue la fracture entre les grands centres urbains – les métropoles citadellisées – où vivent désormais les nouvelles classes dominantes, hypermobiles et hyperqualifiées, et leur hinterland composé de territoires périurbains et ruraux. Cette dualité territoriale, clairement perceptible lors des consultations électorales conduites récemment aux Etats-Unis, en Grande Bretagne voire en Italie, suggère une rupture politique, culturelle si ce n'est sociétale entre les bénéficiaires et les laissés-pour-compte de la croissance économique. C'est dans ce contexte que le politiste Martial Foucault, a proposé une analyse territorialisée de l'élection présidentielle en France et, plus subtilement, un décryptage des fragmentations électorales au sein même des métropoles françaises.

Téléchargez la Présentation de Martial Foucault (pdf, 1391 Ko)

Téléchargez l'intervention de Mickaël Storper (pdf, 722 Ko)

[25/07/2017]