DGS de la communauté d'agglomération du Grand Albigeois, Corinne Dampierre fait de la « coopération » le moteur de la dynamique communautaire locale.


En matière d'aménagement, la cohérence, c'est le couple région-intercommunalités

Quelles sont les principales étapes de votre « trajectoire territoriale » ? Pourquoi avez-vous choisi d'investir le mouvement intercommunal ?

Après une première expérience à la mairie de Grenoble, dans le champ des politiques culturelles, j'ai rejoint la Région PACA, comme responsable de la communication au sein de la direction de l'éducation, de la formation et de l'apprentissage, avant d'être nommée chargée de mission auprès du directeur général. C'est là, dans la mesure où j'avais notamment en charge le suivi des politiques territoriales et contractuelles, que j'ai été sensibilisée à l'intercommunalité et que j'ai pu accompagner son déploiement. Parce que, d'un point de vue régional, le partenaire naturel, c'est un territoire de vie, une agglomération, une communauté, plus qu'un département.

« La notion de projet au cœur de leur développement »

Ces deux échelons territoriaux ont en effet en commun d'inscrire la notion de « projet » au cœur de leur politique de développement : bref, en matière d'aménagement, la cohérence, c'est le couple région-intercommunalités. C'est pourquoi, après cette période régionale, j'ai rejoint la mission Intercommunalité de la ville de Marseille où j'ai tout particulièrement travaillé sur la transformation de la communauté de communes, en fait sa dissolution et la création de la communauté urbaine. Le projet était passionnant puisqu'il s'agissait de doter Marseille d'une structure intercommunale qui corresponde réellement à la dimension de son territoire. Une fois le projet mené à son terme, j'ai piloté une direction très large sur l'ensemble des affaires générales de Marseille Provence Métropole. J'y suis restée jusqu'en 2004 ; puis j'ai été recrutée comme DGS à la communauté d'agglomération d'Albi.

 

Quelles étaient les motivations à l'origine de votre départ pour Albi ?

Principalement le projet élaboré par les élus et le mode de fonctionnement extrêmement consensuel qui était privilégié. La communauté était jeune, elle résultait de la fusion de deux communautés de communes, il fallait donc « souder » en quelque sorte les deux territoires, créer du lien. Lorsque je suis arrivée, le projet était écrit ; il proposait une vision très ambitieuse pour le développement du territoire et dont la traduction potentielle dépassait largement les compétences de l'agglomération ! Je me suis donc attachée à rendre opérationnel le projet, à exercer les compétences, sachant qu'à l'époque il y avait 150 agents. On a commencé par le tri sélectif, puis nous avons petit à petit renforcé l'intégration de la communauté. Aujourd'hui, la voirie, l'éclairage public, la signalisation, la propreté, la collecte, l'assainissement, le transport scolaire… sont intercommunalisés, et en régie directe. Le Grand Albigeois réunit 500 agents, auxquels il faut ajouter près de 200 agents mis à disposition. Nous consolidons d'ailleurs, en ce moment même, le processus de mutualisation avec nos communes.

« Des projets emblématiques pour la communauté »

Surtout, nous sommes engagés sur plusieurs projets emblématiques pour la communauté. Parmi eux, la passerelle piétonne qui doit relier les deux berges du Tarn et offrir un nouveau point de vue sur la cité épiscopale inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco et dont la particularité sera de s'arrimer sur un pont ferroviaire qui date du XIXème siècle. L'intérêt du projet, c'est qu'il mobilise bon nombre de compétences de la communauté : le PDU, puisque les touristes laisseront leur véhicule aux abords de la cité puis s'y rendront à pied, le développement économique bien entendu et puis l'aménagement dans sa dimension esthétique… Sans oublier le partenariat avec RFF, avec qui nous travaillons sur l'étude de faisabilité. Si tout se passe bien, en 2014 nous lançons le concours de maîtrise d'œuvre ! L'autre projet phare, la technopole Albi InnoProd, a récemment ouvert ses portes : sur plus de 40 hectares, s'y côtoient un hôtel d'entreprises à énergie positive, le premier de Midi-Pyrénées, et deux halles technologiques. Ce projet qui s'est développé en coopération avec l'Ecole des mines et le CRITT, vise à compléter l'offre technopolitaine toulousaine.

 

Justement, quelles sont vos relations avec la communauté urbaine de Toulouse ?

Toulouse, c'est la seule agglomération de la région à avoir une visibilité européenne. Notre positionnement, c'est précisément de renforcer la visibilité et l'attractivité de la métropole. Une récente étude a par exemple montré que le musée Toulouse-Lautrec qui est sur notre territoire, est le seul, en Midi-Pyrénées, à avoir une réputation internationale. Dans la même veine, le quartier culturel des Cordeliers que porte la ville d'Albi et qui comprendra un complexe cinématographique et une grande salle de spectacles, viendra étoffer l'offre culturelle du bassin de vie toulousain. Le projet a également été pensé pour être un emblème de l'architecture contemporaine, puisque c'est Dominique Perrault qui signe ce bâtiment. L'agglomération est un acteur du projet puisque nous réalisons les aménagements des abords de ce que nous appelons « le grand théâtre ». Dans tous les cas, nous travaillons de concert avec Toulouse et les autres agglomérations de la région urbaine dans le cadre du processus de « dialogue métropolitain ».

« Communes-intercommunalité-interterritorialité »

Au niveau local, nous privilégions davantage le développement de relations bilatérales avec communautés de communes qui nous entourent, au-delà de celles qui font partie du SCOT du Grand Albigeois. Le principe est de produire des politiques publiques inter-communautaires, de porter des projets, en fonction des enjeux qui caractérisent notre relation avec la communauté de communes concernée. Bien sûr, au-delà de cette dimension interterritoriale, nous n'oublions pas l'échelon communal qui reste la « brique de base » de l'intercommunalité. Tous les quinze jours nous réunissons le Bureau afin d'assurer un va-et-vient constant d'informations entre les communes et l'agglomération. C'est bien sur cette triple échelle de coopération, communes-intercommunalité-interterritorialité, que se développe notre territoire.

 

[07/02/2013]